Rendez-vous céleste au mont Ventoux

Du haut de ses 1909 mètres, le mont Ventoux veille sur la plaine du comtat Venaissin et le Pays de Sault, dévoilant l’un des plus vastes poumons d’Europe.

Mont Ventoux, cliché pris d’une piste VTT à Bédoin

Nous sommes en Provence, dans le département du Vaucluse, en période estivale, la saison des cigales, de la lavande, des olives et du pastis.

En ce mois de juillet 2020, le ciel bleu azur et les températures frôlant les 32°C sont plus propices aux plongeons dans la piscine qu’aux sorties culturelles…

Néanmoins, nous nous étions fixés deux projets palpitants à réaliser absolument pendant cette semaine de vacances à Bédoin. J’accompagnerais Margaux pour tester son tout premier drone dans les garrigues provençales et elle, m’assisterait dans mon challenge de réaliser la photographie astronomique de l’année, profitant du passage de la comète Neowise.

Margaux vous dévoilera dans un article séparé ses premières vidéos de drone. Dans cet article, nous avons rendez-vous avec les étoiles…

Friant d’actualités scientifiques, en particulier dans le domaine astronomique, j’avais bien-sûr eu vent de la découverte récente d’une comète par la Nasa, visible durant le mois de juillet dans notre hémisphère nord. Je ne m’en étais pas particulièrement ému étant donné qu’à la maison, les conditions d’observations de phénomènes astronomiques ne sont guère favorables à cause de la pollution lumineuse. Par contre, en Provence, au mont Ventoux, quel lieu pourrait être plus approprié à l’observation de cette comète, d’autant que, selon plusieurs sources, elle serait visible à l’œil nu… ?

Si le ciel nocturne nous régale périodiquement d’un festival d’étoiles filantes, notamment au mois d’août avec les Perséides, ici c’est un spectacle plus rare qu’il nous est permis de voir. Les étoiles filantes, ces minuscules poussières pénètrent dans notre atmosphère à grande vitesse et se consument très rapidement ce qui rend le phénomène très éphémère. Tandis qu’une comète, compte tenu de son éloignement par rapport à la Terre, est sans doute moins visible, mais son passage s’étale aussi sur plusieurs jours en général.

En fait, ce gros caillou traverse notre système solaire à la vitesse de 64 Km/s et se trouve à 50 millions de km de notre Soleil. Malgré ces distances astronomiques, la comète se vaporise petit à petit en laissant derrière elle une chevelure, une trainée lumineuse caractéristique de la queue d’une comète.

Assurément, ce spectacle, s’il peut être imprimé sur nos pellicules, restera un moment fort de nos vacances, d’autant que la comète ne repassera pas dans les parages avant 6.500 ans…

Nous avons donc entrepris de nous rendre au sommet du mont Ventoux ce 20 juillet 2020, à l’abri de l’effervescence des villes, au plus proche de la voûte céleste pour tenter d’immortaliser ce rendez-vous éphémère.

Armé du matériel photographique amateur (que nous sommes…) de base, nous avons préparé notre escapade comme le font les astrophotographes et autres chasseurs d’éclipses : l’appareil photo, le trépied indispensable pour les poses longues ainsi que l’intervallomètre et sa télécommande pour le déclenchement à distance. Une lampe de poche frontale. Les observations réussies ne s’improvisent pas même si les évènements imprévus restent souvent dans le rayon des meilleurs souvenirs !

Enfin, il ne fallait pas oublier les sandwiches (la nuit allait être longue ?) et surtout de bons gilets. Même en été, le mont Ventoux porte bien son nom…

Nous partons dès 20h00 pour assister au coucher du soleil car Margaux voulait en réaliser un « time lapse » avec son smartphone équipé d’un trépied Osmo Mobile 3.

Dès l’approche de Malaucène, des panneaux d’avertissement nous indiquent que le sommet du mont Ventoux est inaccessible aux voitures. Ça tombe mal puisque nous voulions absolument atteindre le point culminant pour profiter d’une visibilité maximale. Nous savions en effet que la comète ne serait visible qu’assez bas sur l’horizon nord-ouest, juste en dessous de la Grande Ourse.

Heureusement, seuls les quelques dernières centaines de mètres sont en travaux. Le plateau du Radôme, sur l’arrête occidentale de l’observatoire, est quant à lui accessible et permet la mise en station de nos instruments dans les meilleures conditions.

Le Radôme du mont Ventoux

Les minutes passent. Il était 20h50, juste le temps pour Margaux d’installer son smartphone, d’enclencher le « time lapse » avec prise toutes les 2 secondes et le tour est joué. Le coucher du soleil était prévu vers 21h17. Voyez ci-dessous le résultat…

Le coucher de soleil

Pendant que les clichés se prenaient automatiquement, j’installais mon appareil photo sur son trépied pour capturer la présence de la comète. Téléobjectif 300 mm ouvert à l’infini, mode bulb sélectionné, réglages automatiques désactivés, télécommande infrarouge de l’intervallomètre opérationnelle pour des prises d’une durée de 8 secondes.

Le ciel s’obscurcit lentement. Les étoiles peinent à quitter leur léthargie. Il fallut attendre jusqu’à 23h00 pour commencer à distinguer les grandes constellations de notre ciel d’été : Cassiopée, la Grande Ourse… La Voie Lactée commence à revêtir son manteau laiteux au-dessus de nos têtes dans un spectacle époustouflant que seuls les lieux épargnés par la civilisation peuvent nous offrir.

La comète devait pointer le bout de sa chevelure sous la Grand Ourse direction nord-ouest sans précisément connaitre son inclinaison. Cela ne nous a pas frappé directement mais, à y regarder de plus près, une faible lueur apparut timidement, finalement assez haut sur l’horizon. Elle pourrait être notre invitée du jour.

L’observation à l’œil nu n’était pas du tout évidente. On devinait sa présence sans véritablement la distinguer de manière univoque.

Sa lumière était si faible que nous ne sommes pas arrivés à pointer notre téléobjectif dans sa direction. Après quelques essais infructueux et alors que nos doigts commençaient à se raidir à cause du vent qui se levait, deux jeunes campeurs, intrigués par nos agissements dans la nuit noire, nous accostent gentiment. L’un deux, photographe professionnel, nous convainc de persévérer et nous présente sur son GSM quelques clichés pris l’été dernier en ce même lieu. La Voie Lactée y avait été emprisonnée, dans toute sa beauté mystérieuse, telle qu’elle nous apparaissait ce soir dans le ciel.

Requinqué par ces encouragements, nous avons décidé de tenter notre chance avec mon smartphone Huawei P10 Pro. Il est doté d’une application photo permettant le réglage du facteur ISO jusqu’à 1.600 et des temps de pose allant jusqu’à 30 secondes. Je l’ai doté par ailleurs d’un pied de type « pieuvre » pouvant aisément tenir sur le capot de la voiture et d’un déclencheur Bluetooth.

Les premières épreuves furent banales, montrant quelques points lumineux sur un fond noir.

En variant les combinaisons des paramètres ISO/temps de pose, notre pugnacité fut enfin récompensée. Le cosmos nous offrait enfin tous ses mystères…

Transis de froid à 1.900 m d’altitude, mais le cœur chaud et les yeux pétillants. Pour un temps, nous étions devenus des astrophotographes, capturant pour la postérité des images incroyables.

La comète Neowise ce 20 juillet 2020
Le ciel étoilé du mont Ventoux ainsi que la Voie Lactée

Nous n’avons pas manqué ce rendez-vous céleste que la comète Neowise nous avait fixé ce 20 juillet 2020. Gageons que cette expérience, vécue entre un père et sa fille, soit les prémices d’autres moments de vie et de partage inoubliables.

Merci Margaux pour ta patience et ton désir sans cesse renouvelé de vivre passionnément ce que la vie peut nous apporter.

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

3 comments